Le placement préféré des Français n’avait plus bougé d’un centime depuis treize ans, pendant que l’inflation grignotait tranquillement sa valeur. Depuis le 1er janvier 2013 et le dernier coup de pouce du quinquennat Hollande, impossible d’y verser plus de 22 950 €, hors intérêts cumulés. Mardi 3 novembre, lors des questions au gouvernement, Sébastien Lecornu a annoncé que cette époque touchait à sa fin.
Entre 25 000 et 30 000 € dès février
Le Premier ministre l’a confirmé devant les députés : le plafond du Livret A sera relevé au mois de février, pour s’établir dans une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 €. Le montant exact doit être arrêté par le ministre de l’Économie Roland Lescure « dans les semaines qui viendront », après une dernière concertation avec les banques et la Caisse des dépôts. Et le plafond ne sera pas seul à bouger : Sébastien Lecornu a également promis une hausse du taux, actuellement de 1,7 %, sans préciser son niveau.
Pour l’épargnant, le calcul est vite fait. Au plafond actuel et au taux en vigueur, un Livret A plein rapporte environ 390 € d’intérêts par an, sans impôt ni prélèvements sociaux. Avec un plafond à 25 000 €, on pourra y verser 2 050 € de plus, soit environ 35 € d’intérêts supplémentaires par an à taux constant. À 30 000 €, le dépôt supplémentaire atteint 7 050 €, pour environ 120 € de plus chaque année.
Encore faut-il être concerné. Selon la Banque de France, un tiers des Livrets A contiennent moins de 150 €, quand seulement un sur six atteint le plafond. Le relèvement profitera donc d’abord à une minorité d’épargnants qui ont déjà fait le plein.
Des réacteurs nucléaires à financer
Si l’exécutif se décide maintenant, ce n’est pas par altruisme. Le Livret A traverse une année noire : après une baisse historique de 5,93 milliards d’euros au premier semestre, il a de nouveau perdu 1,52 milliard d’euros en septembre. Son encours tourne autour de 444 milliards d’euros, répartis sur quelque 58 millions de livrets. Et cet argent ne dort pas : environ 60 % des dépôts sont centralisés par le Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, qui le transforme en prêts de long terme.
Autrement dit, relever le plafond, est donc surtout un moyen de faire revenir l’épargne au moment où l’État en a le plus besoin. Contrairement à la taxe au gigaoctet ou aux dizaines d’amendements votés ces dernières semaines, le plafond du Livret A ne dépend pas du sort du budget 2027 : il est fixé par décret. Rendez-vous en février, donc, pour découvrir le chiffre exact.